Des poèmes qu'on aime

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Des poèmes qu'on aime

Message  Danielle le Sam 1 Jan - 17:10

Merci Zabe !

La mort du Loup- Alfred de Vigny


Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçus les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées,
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris,
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante,
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu, qui traversaient sa chair,
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'est pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux, la belle et sombre veuve
Ne l'eut pas laissé seul subir la grande épreuve;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes,
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

Hélas! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes!
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez sublimes animaux.
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,
Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse.
--Ah! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur.
Il disait: " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler,
Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler."
avatar
Danielle

Messages : 8441
Date d'inscription : 27/12/2010
Localisation : Aude

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Invité le Sam 1 Jan - 17:25

qu'il est beau ce poème !

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Danielle le Lun 24 Jan - 19:29

Personne n'a l'âme poétique !

Ce poème que j'offre souvent à des enfants...




Comment ça va sur la terre?
- Ça va ça va, ça va bien.

Les petits chiens sont-ils prospères?
- Mon Dieu oui merci bien.

Et les nuages?
- Ça flotte.

Et les volcans?
- Ça mijote.

Et les fleuves?
- Ça s'écoule.

Et le temps?
- Ça se déroule.

Et votre âme?
- Elle est malade
le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade.


Jean Tardieu, Monsieur Monsieur (1951)
avatar
Danielle

Messages : 8441
Date d'inscription : 27/12/2010
Localisation : Aude

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Invité le Lun 24 Jan - 21:02

mon fils l'a appris à l'école !

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Invité le Ven 28 Jan - 0:53

"Moi j'avais la lampe
Et toi la lumière

Qui a vendu la mèche?"


Prévert.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  BRAHMS92 le Dim 30 Jan - 12:04


avatar
BRAHMS92

Messages : 1481
Date d'inscription : 07/01/2011
Age : 27
Localisation : COLOMBES 92

http://www.brahms.sitew.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Invité le Dim 30 Jan - 12:24

Le chat

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Invité le Dim 30 Jan - 12:27

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

Amis de la science et de la volupté,
Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres ;
L’Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin ;

Leurs reins féconds sont pleins d’étincelles magiques,
Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Invité le Dim 30 Jan - 12:30

Le chat et l'oiseau

Un village écoute désolé

Le chant d'un oiseau blessé

C'est le seul oiseau du village

Et c'est le seul chat du village

Qui l'a à moitié dévoré

Et l'oiseau cesse de chanter

Et le chat cesse de ronronner

Et de se lécher le museau

Et le village fait à l'oiseau

De merveilleuses funérailles

Et le chat qui est invité

Marche derrière le petit cercueil de paille

Où l'oiseau mort est allongé

Porté par une petite fille

Qui n'arrête pas de pleurer

Si j'avais su que cela te fasse tant de peine

Lui dit le chat

Je l'aurais mangé tout entier

Et puis je t'aurais raconté

Que je l'avais vu s'envoler

S'envoler jusqu'au bout du monde

Là-bas où c'est tellement loin

Que jamais on n'en revient

Tu aurais eu moins de chagrin

Simplement de la tristesse et des regrets



Il ne faut jamais faire les choses à moitié



Jacques Prévert

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Invité le Dim 30 Jan - 12:32

Merci Brahms.

Ohhhh Pt, Prévert je l'aime d'amour...

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  BRAHMS92 le Mer 4 Mai - 22:08



Roses de juin, vous les plus belles,
Avec vos coeurs de soleil transpercés ;
Roses violentes et tranquilles, et telles
Qu'un vol léger d'oiseaux sur les branches posés ;
Roses de Juin et de Juillet, droites et neuves,
Bouches, baisers qui tout à coup s'émeuvent
Ou s'apaisent, au va-et-vient du vent,
Caresse d'ombre et d'or, sur le jardin mouvant ;
Roses d'ardeur muette et de volonté douce,
Roses de volupté en vos gaines de mousse,
Vous qui passez les jours du plein été
A vous aimer, dans la clarté ;
Roses vives, fraîches, magnifiques, toutes nos roses
Oh ! que pareils à vous nos multiples désirs,
Dans la chère fatigue ou le tremblant plaisir
S'entr'aiment, s'exaltent et se reposent !

Emile Verhaeren
1855 - 1916


avatar
BRAHMS92

Messages : 1481
Date d'inscription : 07/01/2011
Age : 27
Localisation : COLOMBES 92

http://www.brahms.sitew.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  BRAHMS92 le Lun 9 Mai - 15:19

l'oiseau et la clé

Ils ont trouvé la clé
Qu'un oiseau avait laissé tomber.
Alors ils ont voulu ouvrir la porte
Cachée dans les feuilles mortes.

C'était une pièce dorée
Aux murs bien décorés.
En son centre une table vieillie
Offrait un repas au parfum fleuri.

Des odeurs où ils se sont perdus.
Sur le sol ils se sont étendus,
Pensant pouvoir goûter au repos.
S'ils s'étaient doutés les pauvres sots...

Des ronces ont poussé des murs,
Renversant la nourriture.
Et malgré le vacarme de la vaisselle renversée,
Ils ne se sont pas réveillés.

Bientôt les plantes les ont enserrés,
Lentement, elles les ont étouffés,
Et ce n'est qu'une fois la peau lacérée
Qu'un d'eux a ouvert un oeil horrifié.

Elles avaient grandi si vite
Ces plantes à l'origine si petites.
Les épines devenues énormes
Écorchent les corps maintenant difformes.

Une nouvelle rage est apparue
Telle qu'on n'en avait jamais vue.
Et les plantes ont broyé, dévoré
Jusqu'à ce qu'il ne reste rien à balayer.

Non ils n'ont pas saigné.
Non ils n'ont pas pleuré.
Quelques oiseaux sont venus voir :
Ils ne voulaient pas y croire.

Ils ne pouvaient pas croire
A cette étrange histoire :
Qui aurait été assez bête pour ouvrir la porte
Qu'on avait bouclée sous les feuilles mortes ?

Une rose presque fanée
Viendra alors leur expliquer
Que si porte il y a
Il faut une clé quoi qu'il en soit.

Il faut que quelqu'un entre
Dans la lugubre chambre.
Sinon les ronces vont mourir
Alors qu'elles aussi veulent vivre.

Et les oiseaux ont réfléchi longtemps,
Pensant, comprenant et compatissant
Au sort des roses emprisonnées
Depuis tant d'années.

Ils sont venus pleurer avec elle,
Leur offrant leurs plumes les plus belles.
Et pour mieux les consoler,
Ils ont semé des doubles de la clé.











avatar
BRAHMS92

Messages : 1481
Date d'inscription : 07/01/2011
Age : 27
Localisation : COLOMBES 92

http://www.brahms.sitew.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Invité le Lun 9 Mai - 18:32

L’oiseau Lyre

Deux et deux quatre
quatre et quarte huit
huit et huit font seize…
Répétez ! dit le maître
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize.
Mais voilà l’oiseau lyre
qui passe dans le ciel
l’enfant le voit
l’enfant l’entend
l’enfant l’appelle
Sauve-moi
joue avec moi
oiseau !
Alors l’oiseau descend
et joue avec l’enfant
Deux et deux quatre…
Répétez ! dit le maître
et l’enfant joue
l’oiseau joue avec lui…
Quatre et quatre huit
huit et huit font seize
et seize et seize qu’est-ce qu’ils font ?
Ils ne font rien seize et seize
et surtout pas trente-deux
de toute façon
ils s’en vont.
Et l’enfant a caché l’oiseau
dans son pupitre
et tous les enfants
entendent sa chanson
et tous les enfants
entendent la musique
et huit et huit à leur tour s’en vont
et quatre et quatre et deux et deux
à leur tour fichent le camp
et un et un ne font ni une ni deux
un à un s’en vont également.
Et l’oiseau lyre joue
et l’enfant chante
et le professeur crie :
Quand vous aurez fini de faire le pitre
Mais tous les autres enfants
écoutent la musique
et les murs de la classe
s’écroulent tranquillement
Et les vitres redeviennent sable
l’encre redevient eau
les pupitres redeviennent arbres
la craie redevient falaise
le porte-plume redevient oiseau.

Jacques Prévert

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Scouby le Mar 10 Mai - 13:53

Les yeux

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l'aurore ;
Ils dorment au fond des tombeaux
Et le soleil se lève encore.

Les nuits plus douces que les jours
Ont enchanté des yeux sans nombre ;
Les étoiles brillent toujours
Et les yeux se sont remplis d'ombre.

Oh ! qu'ils aient perdu le regard,
Non, non, cela n'est pas possible !
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu'on nomme l'invisible ;

Et comme les astres penchants,
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n'est pas vrai qu'elles meurent :

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l'autre côté des tombeaux
Les yeux qu'on ferme voient encore.

Sully Prudhomme
avatar
Scouby

Messages : 2434
Date d'inscription : 19/01/2011
Age : 64
Localisation : Là où sont me chats
Humeur : A votre avis ?

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Danielle le Dim 12 Juin - 8:22

Ce poème d'Aragon était cité hier dans Le temps du silence, je le trouve très beau :

Chanson pour oublier Dachau

Nul ne réveillera cette nuit les dormeurs
Il n'y aura pas à courir les pieds nus dans la neige
Il ne faudra pas se tenir les poings sur les hanches
jusqu'au matin
Ni marquer le pas le genou plié devant un
gymnasiarque dément
Les femmes de quatre-vingt-trois ans
les cardiaques ceux qui justement
Ont la fièvre ou des douleurs articulaires
ou Je ne sais pas moi les tuberculeux
N'écouteront pas les pas dans l'ombre qui
s'approchent
Regardant leurs doigts déjà qui s'en vont en fumée
Nul ne réveillera cette nuit les dormeurs
Ton corps
Ton corps n'est plus le chien qui rôde et qui ramasse
Dans l'ordure ce qui peut lui faire un repas
Ton corps n'est plus le chien qui saute sous le fouet
Ton corps n'est plus cette dérive aux eaux d'Europe
Ton corps n'est plus cette stagnation cette rancoeur
Ton corps n'est plus la promiscuité des autres
N'est plus sa propre puanteur
Homme ou femme tu dors dans des linges lavés
Quand tes yeux sont fermés quelles sont les images
Qui repassent au fond de leur obscur écrin
Quelle chasse est ouverte et quel monstre marin
Fuit devant les harpons d'un souvenir sauvage
Quand tes yeux sont fermés revois-tu revoit-on
Mourir aurait été si doux à l'instant même
Dans l'épouvante où l'équilibre est stratagème
Le cadavre debout dans l'ombre du wagon
Quand tes yeux sont fermés quel charançon les
ronge
Quand tes yeux sont fermés les loups font-ils le beau
Quand tes yeux sont fermés ainsi que des tombeaux
Sur des morts sans suaire en l'absence des songes
Tes yeux
Homme ou femme retour d'enfer
Familiers d'autres crépuscules
Le goût de soufre aux lèvres gâtant le pain frais
Les réflexes démesurés à la quiétude villageoise de
la vie
Comparant tout sans le vouloir à la torture
Déshabitués de tout
Hommes et femmes inhabiles à ce semblant de
bonheur revenu
Les mains timides aux têtes d'enfants
Le coeur étonné de battre
Leurs yeux
Derrière leurs yeux pourtant cette histoire
Cette conscience de l'abîme
Et l'abîme
Où c'est trop d'une fois pour l'homme être tombé
Il y a dans ce monde nouveau tant de gens
Pour qui plus jamais ne sera naturelle la douceur
Il y a dans ce monde ancien tant et tant de gens
Pour qui toute douceur est désormais étrange
Il y a dans ce monde ancien et nouveau tant de gens
Que leurs propres enfants ne pourront pas
comprendre
Oh vous qui passez
Ne réveillez pas cette nuit les dormeurs
avatar
Danielle

Messages : 8441
Date d'inscription : 27/12/2010
Localisation : Aude

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Invité le Dim 12 Juin - 13:17

J'aime Aragon

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Danielle le Jeu 3 Nov - 14:03

Puisque les gens passent sans s'arrêter, un beau poème de Lamartine, joliment chanté par Brassens aussi :


Georges Brassens
PENSÉE DES MORTS
Poème d'Alphonse De Lamartine


Voila les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon
Voila le vent qui s'élève
Et gémit dans le vallon
Voila l'errante hirondelle
Qui rase du bout de l'aile
L'eau dormante des marais
Voila l'enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombe des forets

C'est la saison ou tout tombe
Aux coups redoubles des vents
Un vent qui vient de la tombe
Moissonne aussi les vivants
Ils tombent alors par mille
Comme la plume inutile
Que l'aigle abandonne aux airs
Lorsque des plumes nouvelles
Viennent rechauffer ses ailes
A l'approche des hivers

C'est alors que ma paupière
Vous vit pâlir et mourir
Tendres fruits qu'a la lumière
Dieu n'a pas laisse mourir
Quoique jeune sur la terre
Je suis déjà solitaire
Parmi ceux de ma saison
Et quand je dis en moi-même
"Ou sont ceux que ton coeur aime?"
Je regarde le gazon

C'est un ami de l'enfance
Qu'aux jours sombres du malheur
Nous prêta la providence
Pour appuyer notre coeur
Il n'est plus: notre âme est veuve
Il nous suit dans notre épreuve
Et nous dit avec pitié
"Àme si ton âme et pleine
De ta joie ou de ta peine
Qui portera la moitié?"

C'est une jeune fiancée
Qui, le front ceint du bandeau
N'emporta qu'une pensée
De sa jeunesse au tombeau
Triste, hélas! dans le ciel même
Pour revoir celui qu'elle aime
Elle revient sur ses pas
Et lui dit: "ma tombe est verte!
Sur cette terre déserte
Qu'attends-tu? je n'y suis pas!"

C'est l'ombre pale d'un père
Qui mourut en nous nommant
C'est une soeur, c'est un frère
Qui nous devance un moment
Tous ceux enfin dont la vie
Un jour ou l'autre ravie,
Emporte une part de nous
Murmurent sous la pierre
"Vous qui voyez la lumière
De nous vous souvenez vous?"

Voila les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon
Voila le vent qui s'élève
Et gémit dans le vallon
Voila l'errante hirondelle
Qui rase du bout de l'aile
L'eau dormante des marais
Voila l'enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombe des forets


avatar
Danielle

Messages : 8441
Date d'inscription : 27/12/2010
Localisation : Aude

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Scouby le Lun 26 Aoû - 22:40

Et voici Edmond Rostand, connu surtout pour ses pièces de théâtre  (Cyrano de Bergerac, L'Aiglon), mais qui a écrit aussi des poèmes très jolis.


Le Petit Chat

C'est un petit chat noir effronté comme un page,
Je le laisse jouer sur ma table souvent.
Quelquefois il s'assied sans faire de tapage,
On dirait un joli presse-papier vivant.

Rien en lui, pas un poil de son velours ne bouge ;
Longtemps, il reste là, noir sur un feuillet blanc,
A ces minets tirant leur langue de drap rouge,
Qu'on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.

Quand il s'amuse, il est extrêmement comique,
Pataud et gracieux, tel un ourson drôlet.
Souvent je m'accroupis pour suivre sa mimique
Quand on met devant lui la soucoupe de lait.

Tout d'abord de son nez délicat il le flaire,
La frôle, puis, à coups de langue très petits,
Il le happe ; et dès lors il est à son affaire
Et l’on entend, pendant qu'il boit, un clapotis.

Il boit, bougeant la queue et sans faire une pause,
Et ne relève enfin son joli museau plat
Que lorsqu'il a passé sa langue rêche et rose
Partout, bien proprement débarbouillé le plat.

Alors il se pourlèche un moment les moustaches,
Avec l'air étonné d'avoir déjà fini.
Et comme il s'aperçoit qu'il s'est fait quelques taches,
Il se lisse à nouveau, lustre son poil terni.

Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates ;
Il les ferme à demi, parfois, en reniflant,
Se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes,
Avec des airs de tigre étendu sur le flanc.
avatar
Scouby

Messages : 2434
Date d'inscription : 19/01/2011
Age : 64
Localisation : Là où sont me chats
Humeur : A votre avis ?

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Danielle le Mar 27 Aoû - 7:13

Je le connais bien ce poème.

Belle idée Scouby de revenir par ici. C'est bien beau la poésie aussi.



Le poème de W. H. Auden : Arrêter les pendules

Arrêter les pendules, couper le téléphone,
Empêcher le chien d'aboyer pour l'os que je lui donne,
Faire taire les pianos et les roulements de tambour
Sortir le cercueil avant la fin du jour.

Que les avions qui hurlent au dehors
Dessinent ces trois mots Il Est Mort,
Nouer des voiles noirs aux colonnes des édifices
Ganter de noir les mains des agents de police

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est, mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson.
Je croyais que l'amour jamais ne finirait : j'avais tort.

Que les étoiles se retirent, qu'on les balaye
Démonter la lune et le soleil
Vider l'océan, arracher les forêts
Car rien de bon ne peut advenir désormais.


Dit dans "4 mariages et un enterrement", je le trouve toujurs très beau.
avatar
Danielle

Messages : 8441
Date d'inscription : 27/12/2010
Localisation : Aude

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Danielle le Lun 24 Nov - 10:23

Les poèmes disent beaucoup...

Plus personne pour s'en soucier ici. Dommage.



Pablo Neruda

Il meurt lentement celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d'émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap lorsqu'il est malheureux au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!
Risque-toi aujourd'hui!
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement!
Ne te prive pas d'être heureux!
avatar
Danielle

Messages : 8441
Date d'inscription : 27/12/2010
Localisation : Aude

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Maryline le Mar 25 Nov - 8:25

c'est tellement vrai
avatar
Maryline

Messages : 2679
Date d'inscription : 12/02/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Danielle le Mar 25 Nov - 8:53

Faire revivre les poèmes, c'est Cueillons les roses de la vie...



Pierre de RONSARD (1524-1585)


Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise aupres du feu, devidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant :
Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.

Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Desja sous le labeur à demy sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant,
Benissant vostre nom de louange immortelle.

Je seray sous la terre et fantaume sans os :
Par les ombres myrteux je prendray mon repos :
Vous serez au fouyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie.

avatar
Danielle

Messages : 8441
Date d'inscription : 27/12/2010
Localisation : Aude

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Danielle le Sam 27 Déc - 17:20

C'était beau au temps de la poésie.


Comprenne qui voudra

Poème de Paul Eluard - 1944


«
« En ce temps-là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles. On alla même jusqu’à les tondre. »
(Phrase d’exergue au poème)


«Comprenne qui voudra

Moi mon remords ce fut

La malheureuse qui resta

Sur le pavé

La victime raisonnable

À la robe déchirée

Au regard d’enfant perdue

Découronnée défigurée

Celle qui ressemble aux morts

Qui sont morts pour être aimés



Une fille faite pour un bouquet

Et couverte

Du noir crachat des ténèbres



Une fille galante

Comme une aurore de premier mai

La plus aimable bête



Souillée et qui n’a pas compris

Qu’elle est souillée

Une bête prise au piège

Des amateurs de beauté



Et ma mère la femme

Voudrait bien dorloter

Cette image idéale

De son malheur sur terre.


Ce poème fut cité par Georges Pompidou interrogé sur Gabrielle Russier...
avatar
Danielle

Messages : 8441
Date d'inscription : 27/12/2010
Localisation : Aude

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des poèmes qu'on aime

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum